QUATRE VINGT

Si je gouvernais un petit royaume avec peu d'habitants,
je défendrais d'utiliser les armes que ce peuple possèderait.
Le peuple devrait considérer la mort comme redoutable
et rester dans les lieux de ses ancêtres.
Bien qu'ayant bateaux et chars,
il n'en userait point.
Bien qu'ayant armes et cuirasses,
il les laisserait dans leurs caches.
Il compterait jours et années avec des cordelettes
comme dans le passé.
Il trouverait savoureuse sa nourriture,
beaux ses vêtements,
agréable sa maison,
pleines de douceur ses coutumes ancestrales.
Non loin de là,
il apercevrait avec bonheur
les hommes du pays voisin.
Il entendrait chanter leurs coqs et aboyer leurs chiens.
Il vivrait au rythme des saisons,
et mourrait de vieillesse
sans avoir connu le pays voisin.

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nouvelle traduction de Conradin Von Lauer ---- Editions Jean de Bonnot 1990