TRENTE-HUIT

L'homme de haute vertu
est au-dessus de la vertu,
c'est pourquoi il est vertueux.
L'homme de moindre vertu,
se dit vertueux
c'est pourquoi
il ne l'est pas.
L'homme de haute vertu
la pratique sans y penser.
L'homme de moindre vertu
l'utilise pour atteindre un but.
Et pourtant
il ne l'atteint pas.
Le véritable homme de bien
agit
sans avoir de raisons de le faire.
L'homme de justice
agit
car il a des raisons de le faire.
L'homme qui se conforme au rites
agit
et veut les imposer par la force.
Ainsi,
si l'on oublie le Tao,
il reste la vertu.
Si l'on se détourne de la vertu,
il reste la bonté.
Lorsque la bonté est perdue,
il reste la justice.
Lorsqu'on abandonne la justice,
on recourt aux rites.
Or,
Les rites ne sont que l'apparence
de la vérité
et de la sincérité.
Ils sont
aussi
l'amorce de la confusion.
La connaissance et l'intelligence
ne sont pour le Tao
que des fleurs sans parfum.
Elles sont
souvent
la source de l'erreur.
C'est pourquoi
le Sage puise au tréfonds des choses
sans s'arrêter aux apparences.
Il contemple le fruit
plutôt que la fleur.
Il ignore l'une
et cueille l'autre.

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nouvelle traduction de Conradin Von Lauer ---- Editions Jean de Bonnot 1990