TRENTE ET UN

Les armes les plus belles
ne sont que des engins de mort.
L'humanité les a en horreur.
Celui qui suit la voie du Tao
en détourne ses regards.
L'homme de bien
se place à gauche
du maître de maison.
L'homme de guerre
s'installe à sa droite.
Les armes n'apportent que la mort.
Le bon souverain
en détourne le regard.
Il ne les prend
que s'il n'a pas d'autre choix.
Pour lui,
les trésors suprêmes sont le calme
et la paix.
La victoire ne le remplit pas de joie,
car se réjouir
serait se glorifier
d'avoir ordonné la mort.
Celui qui se glorifie
de la mort d'autres hommes
ruine sa destinée
et ne pourra pas gouverner.
Dans les jours heureux,
la place d'honneur
se trouve à gauche.
Dans les jours de malheur,
elle est à droite.
L'aide de camp
se place à gauche,
le chef de guerre
s'installe à droite.
Ainsi
la guerre se conduit
comme des funérailles.
Le chef triomphant
préside au festin de la victoire
comme s'il assistait
à l'office funèbre
de ceux qu'il a fait tuer.
Car ayant fait tuer beaucoup d'hommes,
Il doit maintenant en porter le deuil.

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nouvelle traduction de Conradin Von Lauer ---- Editions Jean de Bonnot 1990