VINGT

Renoncez à l'étude
et vous connaîtrez la paix.
Entre oui et non
la frontière est bien mince.
Le bien et le mal sont entremêlés.
La peur qu'éprouve le commun des mortels
ne doit pas effleurer votre coeur.
Les hommes courent aux festins de la vie.
Ils cueillent les fleurs du printemps,
du printemps qui annonce la vie.
Mais moi seul reste calme, étranger au tumulte,
comme le nouveau-né qui n'a pas encore souri.
Je suis seul.
Immobile.
Je parais démuni de tout,
je parais ignorant,
je parais abandonné,
sans but, sans logis.
La multitude s'affaire à accroître ses biens.
Moi seul ne possède rien.
L'homme de la foule a des idées sur tout.
Moi seul hésite.
L'homme de la foule est actif, efficace.
Seul,
je reste immobile.
Je regarde sans voir.
Mes pensées, égarées,
m'échappent pour danser,
dans les nuages et le vent, parmi les vagues de l'océan.
La multitude des hommes s'affaire,
réalise,
construit.
Je demeure absent,
délaissé,
inutile.
Et pourtant, mes haillons cachent
la plus grande des richesses.
Seul,
je diffère des autres.
Je suis l'enfant
de la Mère universelle.
L'enfant du Tao.

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nouvelle traduction de Conradin Von Lauer ---- Editions Jean de Bonnot 1990