QUINZE

Les grands sages de l'Antiquité étaient si éloignés des autres hommes
par l'étendue de leur connaissance et la profondeur de leur pensée
qu'on ne pouvait espérer les comprendre.
Peut-on les décrire ?
Ils étaient attentifs comme l'homme
qui traverse l'eau tumultueuse et glacée d'un torrent.
Prudents comme le voyageur
averti d'un danger.
Réservés comme le visiteur
qui reçoit l'hospitalité.
Insaisissables comme la glace
qui font.
Simples comme le bois brut
que l'on vient de débiter.
Ils étaient emplis d'espace infini comme la vallée.
Insondables comme une eau dormante.
Celui qui suit le Tao peut,
sans trouble intérieur,
attendre que l'eau pure se décharge des limons.
Immobile et calme, il verra se présenter l'heure d'agir.
Il ne désire que l'infini du vide.
C'est pourquoi les hommes peuvent par moment le mépriser,
le croyant loin de la vérité, car ils ignorent sa sagesse.

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nouvelle traduction de Conradin Von Lauer ---- Editions Jean de Bonnot 1990