Le petit guide de l'environnement sémantique 
 Accueil |  L'environnement sémantique? |  Blog |  A propos... 

 

Le non-verbal


J'ai évoqué très rapidement la question des sens des symboles non verbaux (le feu rouge, qui n'a pas le même sens selon que vous conduisez ou pas une ambulance).
Je vais créer des catégories relativement arbitraires afin de tenter de 'faire le tour' (!) du sujet, mais il ne faut pas oublier que la catégorisation dénie les interrelations dans ce 'système complexe' qu'est cet environnement sémantique.
Ajout 22/11/2014: La standardisation

- Couleurs / bruits / odeurs / formes
Il est apparemment reconnu 'scientifiquement' que ces éléments ont des effets directs sur notre système nerveux, ce qui signifie évidemment qu'ils vont induire des réactions.
Les magazines sont pleins d'explications sur les significations de telle ou telle couleur (qui calme ou excite), des bruits et même des odeurs, que ce soit des pheromones (molécules odorantes produites par l'organisme même) ou les odeurs naturelles (fleurs, pourriture, etc.) et leurs réplication artificielle (odeur de 'pin' du liquide vaisselle). Sans parler de la parfumerie...

Les odeurs artificielles envahissent magasins et supermarchés. Ce n'est pas pour rien.

Cependant, la réaction à ce type de stimuli n'est pas nécessairement exclusivement 'naturelle'. Par exemple, il est probable que la réaction d'un individu au jaune ne sera pas la même dans une civilisation où cette couleur est associée au deuil ou dans une civilisation pour laquelle ce n'est pas le cas.
Autre cas: sentir l'odeur de l'étable, pour une personne qui a vécu son enfance dans une ferme, n'induit pas la même réaction que chez une personne n'ayant connu que la ville: l'une sera attirée, l'autre dégoûtée. Et ceci pour la même odeur...

La réaction aux formes - cf test de Rorschach (Hermann, 1884-1922) - est un domaine qui peut s'avérer également intéressant. En publicité par exemple, il n'est pas toujours nécessaire de montrer un objet. Sa forme seule peut suffire à induire une réaction - ou plus exactement à créer une identification à quelque chose d'agréable (ou désagréable)... Au cinéma, c'est Hitchcock ou Tourneur qui ont le mieux utilisé cet "effet de la forme": pas besoin de "voir": l'ombre-forme suffit lorsqu'elle est bien mise en scène...

- Image & son
Cette catégorie 'intègre' les éléments de la catégorie précédente, associés pour créer un 'objet' mais le principe est le même. Cette catégorie, évidemment artificielle, repose sur le fait que notre civilisation emploie à doses massives les images et les sons. Ce n'est là de fait qu'un niveau légèrement différent du précédent, ou la combinaison de couleurs, de formes, de sons crée un stimulus différent (et pas spécialement plus 'complexe')
La perception que nous avons d'un objet ('réel' ou photographié) sera l'addition des perceptions des couleurs, des formes, des sons, et l'association de tous ces éléments par notre cerveaux va 'créer' un 'objet nouveau'... qui n'a d'ailleurs rien de nouveau.
- L'événement
Ce Qui Se Passe.
Ce qui défie tout Verbe, toute Peinture ou toute Photographie.
Les Mots plaqués sur un Evénement ne sont pas l'Evénement.
L'usage de l'Evénement n'est pas l'Evénement, mais sans l'Evénement, pas d'exploitation de celui-ci...

Quelques exemples ? Bon.

• L'incendie du Reichstag. Je cite Wikipedia: L'incendie du Reichstag, ou Reichstagsbrand en allemand, est l'incendie criminel du Palais du Reichstag, siège du parlement allemand à Berlin, dans la nuit du 27 au 28 février 1933. Immédiatement exploité par les nazis à des fins politiques, il est suivi par la proclamation de la Reichstagsbrandverordnung qui suspend sine die les libertés individuelles et par une campagne de répression dirigée contre les communistes allemands..

• Selon les médias, un vieil homme s'est fait attaquer chez lui. Cette (supposée) attaque a eu lieu lors d'une campagne électorale où précisément la question de 'l'insécurité' était sur la table... Et ce fût le Délire. L'exploitation Politico-médiatique de l'Evénement a-t-elle modifié cet Evénement? Evidemment que non: il est resté aussi INCONNAISSABLE pour toute personne qui ne l'a pas vécu (et encore: même ceux qui l'ont vécu n'en ont pas TOUT retenu...). Pourtant, tout le monde est persuadé de savoir vraiment ce qui s'est passé. C'est une grave erreur!

L'Evénement lui-même est impossible à décrire complètement, à vraiment connaître, mais il peut être exploité. Il induit des réactions, parfois conditionnées/renforcées par un environnement général.

On peut aussi remarquer que l'utilisation médiatique d'un événement dépend entièrement de l'objectif de celui qui l'exploite (ou pas). Un événement qui ne correspond pas à ce dont il a besoin ne sera pas évoqué, ou s'il l'est, ce sera de manière faussée. Toutes les configurations sont possibles...
- La propagande par l'action.
La technique la mieux utilisée par le cinéma. Différente de la précédente dans ce sens qu'il y a volonté d'organisation... Le Méchant ayant tué son chien (ou, au choix, son meilleur ami, sa femme, le boucher du coin), Le Bon, le Héros au sourire si doux, n'écoutant que son courage, s'entraîne comme un malade et va tuer ledit Méchant. The End. Pas de grand discours, pas de rhétorique. Juste l'action, qui porte l'idéologie...
- Les mots
Et oui! Les mots aussi font partie du non verbal !!!
Lorsqu'on réagit aux mots comme un chien à une sonnette, il n'y a aucune différence entre le bruit du mot et celui de la sonnette.
Criez Communisme à un ultralibéral et vous le verrez grimper au rideau. C'est amusant à voir, et encore plus à entendre.
Dites Réformes au même, et vous le verrez rosir de plaisir... puisque ces gens-là ont imposé la définition du terme "réforme", qui désormais ne peut rien signifier d'autre que privatisation, culte du Saint Marché et de la Divine Compétition, etc. (Voyez que, moi aussi, j'ai mes mots-sonnettes! ;)

Nous avons tou(te)s cette tendance à réagir instantanément. C'est une mauvaise habitude.
- La standardisation
La standardisation des formes, des réactions à ce qui nous entoure, etc. constitue une manière de "manipulation". Lorsque nous "avons l'habitude" de voir les pommes ou les carottes avec des formes que l'on pense "normales" dans les rayons de nos magasins, nous sommes en réalité face au résultat d'un processus de standardisation, conduit par des contraintes de production,de commercialisation, etc... Au point que nous ne pouvons "tolérer" que les pommes aient quelque tache que ce soit, que les carottes soient un peu tordues... que le voisin porte tel vêtement qui n'est pas "habituel," etc.

Cette uniformisation intervient à plusieurs niveaux, depuis le fonctionnement même de notre système nerveux (l'habitude d'agir, de voir les "mêmes" choses conditionne les réactions individuelles) jusqu'au fonctionnement de la société (l'organisation, l'idéologie conduisent à des standardisations au niveau des apparences, des comportements...).
- Un exemple pratique
Ce petit exemple, qui combine "verbal" (le langage) et "non-verbal" (la mise en page du texte) :
Prenez un article dans une revue quelconque. Le genre qui se lit chez le dentiste. Faites des titres, en très gros et très gras, qui annoncent un "fait" prétendu (en réalité, la propagande que vous souhaitez diffuser). Puis un long article, compliqué, parfois contradictoire avec ces titres, entre des pages de pub bien croustillantes. Le lecteur déjà éveillé lira l'article, comparera avec la titraille, et remarquera l'escroquerie. Le lecteur rapide, qui feuillette, n'aura vu que le titre, ne se souviendra que de lui, éventuellement. Et ainsi passe la propagande...
Voir l'exemple...

Accueil  |   L'environnement sémantique?  |   Blog  |   A propos...  |   Haut de page
Ce travail est placé sous licence Creative Commons CC-BY-NC