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Pratique
de l'agriculture naturelle...
«
Mes champs sont peut-être les seuls au Japon à ne pas avoir
été labourés depuis plus de vingt ans, et la qualité
du sol s'améliore à chaque saison. J'estime que la couche
supérieure riche en humus, s'est enrichie sur une profondeur de
plus de douze centimètres durant ces années. Ce résultat
est en grande partie dû au fait de retourner au sol tout ce qui a
poussé dans le champ sauf le grain.» M. Fukuoka
Culture
Quand le sol est cultivé on
change I'environnement naturel au point de le rendre méconnaissable.
Les répercussions de tels actes ont donné des cauchemars
à des générations innombrables d'agriculteurs. Par
exemple quand on soumet à la charrue un territoire naturel, de très
solides mauvaises herbes telles que le chiendent et I'oseille arrivent
parfois à dominer la végétation. Quand ces mauvaises
herbes s'installent, I'agriculteur est confronté à une tâche
presque impossible, le désherbage annuel. Très souvent la
terre est abandonnée.
Quand on est confronté à
de tels problèmes, la seule solution de bon sens est de cesser en
premier lieu les pratiques contre-nature qui ont amené cette situation.
L'agriculteur a aussi la responsabilité de réparer les dommages
qu'il a causé. La culture du sol devrait être arrêtée.
Si des mesures douces comme de répandre de la paille et de semer
du trèfle sont pratiquées, au lieu d'utiliser des machines
et des produits chimiques fabriqués par I'homme pour faire une guerre
d'anéantissement, I'environnement reviendra alors à son équilibre
naturel et même les mauvaises herbes génantes pourront être
controlées.
Fertilisant
Il m'arrive de demander en causant
avec des experts de la fertilité du sol : « Si un champ est
laissé à lui-même, la fertilité du sol augmentera-t-elle
ou s'épuisera-t-elle? ». D'ordinaire ils hésitent et
disent quelque chose comme : « Bien, voyons. Elle s'épuisera...
» Non, ce n'est pas le cas si I'on se souvient que si I'on cultive
le riz pendant longtemps dans le même champ sans engrais, la récolte
se stabilise alors autour de 24 quintaux à I'hectare. La terre ne
s'enrichit ni ne s'épuise.
Ces spécialistes de réfèrent
à un champ cultivé et inondé (culture du riz - MD).
Si la nature est livrée à elle-même la fertilité
augmente. Les débris organiques animaux et végétaux
s'accumulent et sont décomposés par les bactéries
et les champignons à la surface du sol. Avec I'écoulement
de I'eau de pluie les substances nutritives sont entraînées
profondément dans le sol pour devenir nourriture des microorganismes,
des vers de terre et autres petits animaux. Les racines des plantes atteignent
les couches du sol plus profondes et ramènent les substances nutritives
à la surface. Si vous voulez avoir une idée de Ia fertilité
naturelle de la terre, allez un jour vous promener sur le versant sauvage
de la montagne et regardez les arbres géants qui poussent sans engrais
et sans être cultivés. La fertilité de la nature dépasse
ce que I'on peut imaginer. C'est ainsi.
Rasez la couverture forestière
naturelle et plantez des pins rouges du Japon, ou des cèdres, pendant
quelques générations et le sol s'épuisera et s'ouvrira
à I'érosion. Par ailleurs, prenez une montagne improductive
à sol pauvre d'argile rouge et plantez-la en pins ou en cèdres
avec une couverture du sol en trèfle et en luzerne. Comme I'engrais
vert [note 1] allège et enrichit
le sol, mauvaises herbes et buissons poussent sous les arbres, et un cycle
fertile de régénération commence. Il y a des cas où
le sol s'est enrichi sur une profondeur de dix centimètres en moins
de dix ans.
Pour faire pousser les récoltes
également, on peut arrêter d'utiliser des fertilisants préparés.
Dans la plupart des cas une couverture permanente d'engrais vert et le
retour de toute la paille et de la balle sur le sol seront suffisants.
Pour fournir de I'engrais animal qui aide à décomposer la
paille, j'avais I'habitude de laisser les canards aller en liberté
dans les champs. Si on les y laisse aller quand ils sont canetons, pendant
que les plantes sont encore toutes petites, les canards vont grandir en
même temps que le riz. Dix canards vont pourvoir à tout le
fumier nécessaire sur un are et aideront aussi à contrôler
les mauvaises herbes.
J'ai fait cela de nombreuses années
jusqu'à ce que la construction d'une route nationale vienne empêcher
les canards de traverser pour aller aux champs et revenir à la basse-cour.
Maintenant j'utilise un peu de crottes de poule pour aider à décomposer
la paille. Sur d'autres terres, canards ou autre petit bétail sont
encore possibles.
Ajouter trop d'engrais peut causer
des problèmes. Une année, juste après le repiquage
du riz, je louai un demi hectare en champs fraîchement plantés
de riz pour une période d'un an. Je vidai toute I'eau des rizières
et procédai sans fertilisant chimique, répandant simplement
une petite quantité de crottes de poule. Quatre champs poussèrent
normalement. Mais dans le cinquième, quoi que j'y fisse, les plants
de riz poussèrent trop épais et furent attaqués par
la brunissure (blast disease). Quand je questionnai le propriétaire
à ce sujet, il dit qu'il avait utilisé ce champ tout I'hiver
comme dépôt de fumier de poules.
En utilisant de la paille, de I'engrais
vert et un peu de fumier de volaille, vous pouvez obtenir de hauts rendements
sans ajouter de compost ni de fertilisant du commerce. Depuis plusieurs
dizaines d'années maintenant, je reste tranquille à observer
la démarche de la nature pour faire pousser et fertiliser. Et tout
en observant, je fais de magnifiques récoltes de Iégumes,
d'agrumes, de riz et de céréales d'hiver, cadeau pour ainsi
dire de la fertilité naturelle de la terre.
Venir à bout des mauvaises herbes
Voici quelques points clef à
se rappeler dans la manière d'agir avec les mauvaises herbes.
Dès qu'on arrête
de cultiver, la quantité de mauvaises herbes décroît
nettement. Les variétés de mauvaises herbes dans un champ
donné vont de même changer.
Si I'on sème pendant que la moisson
précédente mûrit encore, ces semences germeront avant
les mauvaises herbes. Les mauvaises herbes d'hiver ne Ièvent qu'après
la moisson du riz, mais à cette époque-là, les céréales
d'hiver ont déjà pris une tête d'avance. Les mauvaises
herbes d'été ne Ièvent qu'après la moisson
de I'orge et de I'avoine, mais le riz est déjà en train de
croitre avec vigueur. En calculant les semailles de sorte qu'il n'y ait
pas d'intervalle entre la succession des cultures on donne aux graines
semées un sérieux avantage sur les mauvaises herbes.
Si I'on recouvre entièrement le champ de paille juste après
la moisson, on coupe court momentanément à la germination
des mauvaises herbes. Le trèfle blanc semé avec les semences,
en couverture du sol, aide aussi à garder les mauvaises herbes sous
contrôle.
L'habituelle voie d'action sur les
mauvaises herbes est de cultiver le sol. Mais lorsque vous le cultivez,
les graines enfouies profondément dans le sol qui n'auraient jamais
germé autrement, sont remontées à la surface et vous
leur donnez une chance de germer. De plus, dans ces conditions, vous donnez
I'avantage aux variétés à germination et croîssance
rapides. Ainsi pourriez-vous dire que I'agriculteur qui essaye de contrôler
les mauvaises herbes par la culture du sol, sème littéralement
les graines de sa propre infortune.
Contrôle des « maladies »
Il faut dire qu'il y a encore des personnes
qui pensent que si elles n'utilisent pas de produits chimiques leurs arbres
fruitiers et leurs champs de céréales vont dépérir
sous leurs yeux. En réalité c'est en utilisant ces produits
chimiques que les gens ont préparé à leur insu les
conditions par lesquelles cette peur non fondée peut devenir réalité.
Récemment des pins rouges du
Japon ont souffert de sérieux ravages dûs à une irruption
d'hylobie de l'écorce (charançon du pin = pine bark weevils).
Les forestiers utilisent maintenant des hélicoptères pour
essayer d'arrêter les ravages par des pulvérisations aériennes.
Je ne nie pas que ce soit efficace à court terme, mais je sais qu'il
doit y avoir un autre moyen.
Les chancres de I'hylobie, selon les
dernières recherches, ne sont pas une infestation directe mais continuent
I'action de parasites médiats. Les parasites procréent à
I'intérieur du tronc, bloquent le transport de I'eau et des éléments
nutritifs, et causent éventuellement le dépérissement
et la mort du pin. La cause profonde, naturellement, n'est pas encore clairement
discernée.
Les parasites se nourrissent d'un champignon
qui se trouve à I'intérieur du tronc de I'arbre. Pourquoi
ce champignon s'est-il mis à proliférer ainsi à I'intérieur
de I'arbre? Est-ce que le champignon a commencé à se multiplier
après que le parasite eût déjà fait son apparition
? Ou bien est-ce que le parasite a paru parce que le champignon était
déjà Ià ? Cela se résume par la question :
qui vint le premier : le champignon ou le parasite ? Qui plus est,
il y a un autre microbe dont on sait très peu de chose, qui accompagne
toujours le champignon, et un virus toxique pour le champignon. Les effets
s'enchaînant en tous sens, la seule chose dont on soit absolument
sûr est que les pins dépérissent en nombre inhabituel.
On ne peut pas savoir quelle est la
cause véritable du chancre du pin, ni les conséquences profondes
du « remède ». Si I'on intervient à I'aveuglette
cela ne peut que semer les graines de la prochaine grande catastrophe.
Non, je ne peux pas me réjouir, sachant que les ravages directs
de I'hylobie ont été résolus par des vaporisations
de produits chimiques. Utiliser des produits chimiques agricoles est la
manière la plus absurde de traiter des problêmes tels que
ceux-là, et ne conduira qu'à de plus graves problèmes
dans I'avenir.
[L]es quatre principes de I'agriculture
sauvage - (ne pas cultiver, pas d'engrais chimiques ni de compost préparé,
pas de désherbage par labour ni herbicide et pas de dépendance
chimique)- obéissent à I'ordre naturel et conduisent au réapprovisionnement
de la richesse naturelle. Tous mes tâtonnements ont suivi cette ligne
d'idée. C'est le coeur de ma méthode pour faire pousser Iégumes,
céréales et agrumes.
Agriculture au milieu
des mauvaises herbes
Une grande variété d'espèces
de mauvaises herbes poussent avec le grain et le trèfle blanc dans
ces champs. La paille de riz répandue sur le champ I'automne dernier
est déjà décomposée en riche humus. La moisson
atteindra environ 59 quintaux à I'hectare .
Hier, quand le Professeur Kawase, qui
fait autorité sur les herbes de pâturage, et le Professeur
Hiroe, qui fait des recherches sur les plantes anciennes, virent la fine
couche d'engrais vert dans mes champs, ils appelèrent cela une magnifique
oeuvre d'art. Un agriculteur local qui s'était attendu à
voir mes champs complètement recouverts de mauvaises herbes fut
surpris de voir I'orge poussant si vigoureusement parmi les nombreuses
autres plantes. Des experts techniques sont également venus ici,
ont vu les mauvaises herbes, vu le cresson et le trèfle qui poussent
partout, et sont partis en hochant la tête d'étonnement .
Il y a vingt ans, quand j'encourageais
I'utilisation d'une couverture du sol permanente dans les vergers, il n'y
avait pas un brin d'herbe visible dans les champs ou les vergers dans tout
le pays. En voyant des vergers comme les miens les gens arrivèrent
comprendre que les arbres fruitiers pouvaient très bien pousser
parmi toutes sortes d'herbes. Aujourd'hui les vergers couverts d'herbes
sont communs au Japon et ceux qui ne le sont pas sont devenus rares.
C'est la même chose pour
les champs de céréales. Riz, orge et avoine peuvent pousser
avec succès tandis que les champs sont couverts de trèfle
et de mauvaises herbes tout au long de I'année. Revoyons plus
en détail le programme annuel des semailles et moissons de ces champs.
Début octobre, avant la moisson, on sème à la volée
du trèfle blanc et des céréales d'hiver de variété
à croîssance rapide parmi les tiges du riz finissant de mûrir
[note 2]. Le trèfle et I'orge, ou
I'avoine, Ièvent et poussent de deux centimètres et demi
à cinq centimètres pendant le temps qu'il faut au riz pour
être prêt à moissoner. Pendant la moisson du riz, les
semences levées sont foulées par les pieds des moissonneurs,
mais récupèrent en un rien de temps. Quand le battage est
accompli la paille de riz est répandue sur le champ.
« En un jour il
est possible de faire assez de boulettes d'argile pour ensemencer environ
deux hectares. Je trouve que là où les boulettes sont
couvertes de paille, les semences germent bien et ne pourissent pas même
les années de pluie
Quand le riz est semé en automne
et laissé découvert, les semences sont souvent mangées
par les souris et les oiseaux ou bien elles pourrissent au sol et
c'est pourquoi j'enferme les semences de riz dans de petites boulettes
d'argile avant de semer. La semence est étalée sur
un plateau ou une panière que I'on secoue dans un mouvement
de va-et-vient circulaire. On la saupoudre d'argile finement pulvérisée
et on ajoute de temps en temps une fine buée d'eau. Cela
forme de petites boulettes d'environ un centimètre de diamètre.
Il y a un autre procédé pour faire les boulettes.
- On fait d'abord tremper dans
I'eau pendant plusieurs heures la semence de riz décortiqué.
On la retire et on la mélange à de I'argile humecté
tout en foulant des pieds ou des mains. Puis on presse I'argile
à travers un tamis en grillage de cage à poule pour le
séparer en petites mottes. On doit laisser sècher les mottes
un jour ou deux, ou jusqu'à ce qu'on puisse aisément
les rouler en boulettes entre les paumes. Idéalement il y
a une graine par boulette. En un jour il est possible de faire assez
de boulettes pour ensemencer environ deux hectares.
Selon les conditions j'enferme quelquefois
les semences des autres céréales et des Iégumes
dans des boulettes avant de semer. De mi-novembre à mi-décembre
c'est le bon moment pour semer à la volée des boulettes
contenant la semence de riz parmi les jeunes plants d'orge ou d'avoine,
mais on peut aussi les semer à la volée au printemps
[Note 3]. On étend sur le champ une
fine couche de fumier de volaille pour aider à décomposer
la paille et les semailles de I'année sont terminées.
En mai les céréales d'hiver
sont moissonnées. Après le battage toute la paille
est répandue sur le champ.
On fait alors entrer I'eau qu'on laisse
stagner pendant une semaine à dix jours. Ceci provoque un
affaiblissement des mauvaises herbes et du trèfle et permet
au riz de lever à travers la paille. Durant juin et juillet
la pluie suffit ; en août on fait passer de I'eau courante
à travers le champ une fois par semaine sans la laisser stagner.
Maintenant la moisson d'automne approche. Tel est le cycle
annuel de culture du riz/céréales d'hiver par la méthode
naturelle. Les semailles et la moisson suivent de si près le
modèle de la nature qu'on peut considérer qu'elles suivent
leur processus naturel plutôt qu'une technique agricole.
Cela ne prend qu'une heure ou
deux à un agriculteur de faire les semailles et de répandre
la paille sur un are. A I'exception de la moisson on peut faire
pousser seul les céréales d'hiver, et pour le riz
deux ou trois personne suffisent en n'utilisant que les outils japonnais
traditionnels. Il n'y a pas méthode plus facile, plus simple,
pour faire pousser le grain. Elle comporte à peine plus que
semer à la volée et répandre la paille, mais il m'a
fallu plus de trente ans pour atteindre cette simplicité.
Cette manière de travailler la
terre s'est développée conformément aux conditions
naturelles des îles japonaises mais j'ai le sentiment que
la méthode naturelle du travail de la terre pourrait aussi
être appliquée dans d'autres régions et pour d'autres
cultures
indigènes. Dans les régions où I'eau n'est pas aisément
disponible
on pourrait faire pousser le riz des montagnes, par exemple, ou
d'autres grains tels que le sarrasin, le sorgho ou le millet. Au
lieu du trèfle blanc une autre variété de trèfle,
la luzerne, la vesce ou le lupin peuvent se révéler
meilleures couvertures du champ. L'agriculture sauvage prend une
forme distincte, conformément aux conditions particulières
de la région où elle est appliquée.
Pendant la transition vers cette sorte
d'agriculture, un peu de désherbage, de compostage ou d'élagage
peuvent être nécessaires au début mais ces mesures
seront graduellement réduites chaque année. Finalement
ce n'est pas la technique de culture qui est le facteur le plus
important, mais plutôt I'état d'esprit de I'agriculteur.
Agriculture avec de la
paille
On pourrait considérer que répandre
de la paille est plutôt sans importance alors que c'est le
fondement de ma méthode pour faire pousser le riz et les
céréales d'hiver. C'est en relation avec tout, avec
la fertilité, la germination, les mauvaises herbes, la protection
contre les moineaux, I'irrigation. Concrétement et théoriquement,
I'utilisation de la paille en agriculture est un point crucial.
Il me semble que c'est quelque chose que je ne peux pas faire comprendre
aux gens.
Répandre la paille non-hachée
Le Centre d'Essai d'Okayama est en
train d'expérimenter I'ensemencement direct du riz dans quatre
vingt pour cent de ses champs expérimentaux. Quand je leur
suggérai d'étendre la paille non-hachée, ils
pensèrent apparemment que cela ne pouvait pas être
bien, et firent les expériences après I'avoir hachée
dans un hachoir mécanique. Quand j'allai voir I'essai il y a
quelques années, je vis que les champs avaient été
divisés en ceux utilisant la paille non-hachée, hachée
et pas de paille du tout. C'est exactement ce que je fis pendant
longtemps et comme la non hachée marche mieux, c'est la non-hachée
que j'utilise. M. Fujii, un enseignant du Collège d'Agriculture
de Yasuki dans la Préfecture de Shimane, voulait essayer
I'ensemencement direct et vint visiter ma ferme. Je lui suggérai
de répandre de la paille non-hachée sur son champ.
Il revint I'année suivante et rapporta que I'essai avait
raté. Après avoir écouté attentivement
son
récit, je m'aperçus qu'il avait posé la paille de
manière rectiligne et ordonnée comme le mulch d'un
jardin japonais. Si vous faites ainsi, les semences ne germeront
pas bien du tout. Les pousses du riz auront du mal à passer
au travers de la paille d'orge ou d'avoine si on la répand
de façon trop ordonnée. Il vaut mieux la jeter à
la ronde en passant, comme si les tiges étaient tombées
naturellement.
La paille de riz fait un bon
mulch aux céréales d'hiver, et la paille de céréales
d'hiver est encore meilleure pour le riz. Je veux que cela soit
bien compris. Il y a plusieurs maladies du riz qui infesteront la
récolte si on applique de la paille de riz fraîche. Toutefois
ces maladies du riz n'affecteront pas les céréales d'hiver,
et si la paille de riz est étendue en automne, elle sera tout
à
fait décomposée quand le riz germera au printemps suivant.
La paille de riz fraîche est saine pour les autres céréales,
de même que la paille de sarrazin, et la paille des autres
espèces de céréales peut être utilisée
pour le riz et le sarrazin. En général la paille fraiche
des céréales d'hiver telles que le froment, I'avoine et
I'orge
ne doit pas être employée comme mulch pour d'autres
céréales
d'hiver parce que cela pourrait provoquer des dégats par maladie
.
La totalité de la paille et
de la balle restant après avoir battu doit retourner sur
le champ.
La paille enrichit la terre.
Eparpiller la paille maintient la structure
du sol et enrichit la terre au point que le fertilisant préparé
devient inutile. Ceci est lié bien entendu à la non-culture.
Mes champs sont peut-être les seuls au Japon à ne pas
avoir été labourés depuis plus de vingt ans,
et la qualité du sol s'améliore à chaque saison. J'estime
que la couche supérieure riche en humus, s'est enrichie sur
une profondeur de plus de douze centimètres durant ces années.
Ce résultat est en grande partie dû au fait de retourner
au sol tout ce qui a poussé dans le champ sauf le grain.
Pas besoin de préparer de compost.
II n'est pas nécessaire de préparer
de compost. Je ne dirai pas que vous n'avez pas besoin de compost
- seulement qu'il n'est pas nécessaire de travailler dur
à le faire. Si on laisse la paille étendue à
la surface du champ au printemp ou en automne et qu'on la recouvre
d'une mince couche de fumier de poule ou de crottes de canard, en
six mois elle se décomposera complètement. Pour
faire du compost par la méthode habituelle, I'agriculteur travaille
comme un fou sous le soleil brûlant, hachant la paille, ajoutant
de I'eau et de la chaux, retournant le tas et le tractant jusqu'au
champ. Il se donne toute cette peine parce qu'il pense que c'est
une « meilleure voie ». Je préférerais voir les
gens éparpiller de la paille, de la balle ou des copeaux
sur leurs champs .
En voyageant sur la ligne de
Tokaïdo à I'ouest du Japon, j'ai remarqué qu'on
coupe la paille plus grossièrement que lorsque j'ai commencé
à parler de la répandre non coupée. I1 faut que je
rende
justice aux agriculteurs. Mais les experts d'aujourd'hui continuent
à dire qu'il est préférable de n'utiliser que tant
de tonnes de paille à I'hectare. Pourquoi ne disent-ils pas
de remettre toute la paille dans le champ ? En regardant par la
fenêtre
du train, on peut voir des agriculteurs qui ont coupé et répandu
environ la moitié de la paille et laissent pourrir le reste à
I'écart
sous la pluie.
Si tous les agriculteurs du Japon se
mettaient d'accord et commençaient à remettre toute
la paille sur leurs champs, le résultat serait qu'une énorme
quantité de compost reviendrait à la terre.
Germination
Pendant des centaines d'années
les agriculteurs ont mis grand soin à la préparation
de semis de riz pour faire pousser du plant sain et fort. Ils nettoyaient
les petits semis comme s'ils avaient été I'autel des
ancètres. La terre était cultivée, du sable et les
cendres de balle de riz brûlée étaient répandus
tout autour, et une prière était offerte pour que
les plants réussissent.
Il n'est donc pas étonnant que
les villageois des environs aient pensé que je n'avais plus
ma tête de jeter la semence à la volée tandis
que les céréales d'hiver étaient encore sur pied,
avec des mauvaises herbes et des morceaux de paille en décomposition
éparpillés
partout.
Naturellement les semences germent
bien quand elles sont semées directement sur un champ bien
retourné, mais s'il pleut il devient boueux, on ne peut pas
y entrer et y marcher et les semailles doivent être différées.
La méthode sans culture a la sécurité sur ce
point, mais par ailleurs elle a I'inconvénient des petits
animaux tels que taupes, grillons, souris et limaces qui aiment
manger les semences. Les boulettes d'argile enfermant les semences
résolvent ce problème.
Pour semer les céréales
d'hiver la méthode habituelle est de semer la semence et
de la recouvrir de terre. Si la semence est mise trop profondément,
elle pourrira. J'ai autrefois laissé tomber la semence dans
de petits trous dans le sol, ou dans des sillons sans les recouvrir
de terre, mais j'ai expérimenté beaucoup d'échecs
avec les deux méthodes. Depuis peu je suis devenu paresseux
et au lieu de faire des sillons ou de faire des trous dans la terre,
j'enveloppe les semences dans des boulettes d'argile et je les lance
directement sur le champ. La germination est meilleure à
la surface où elle est exposée à I'oxygène.
J'ai trouvé que Ià où les boulettes sont couvertes
de paille, les semences germent bien et ne pourrissent pas, même
les années de forte pluie.
La paille aide à tenir tête
aux
mauvaises herbes et aux moineaux
Idéalement, un hectare
produit environ quatre tonnes de paille d'avoine. Si la totalité
de la paille est étendue sur le champ, la surface sera entièrement
recouverte. Même une mauvaise herbe génante comme le
chiendent, problème le plus difficile dans la méthode
d'ensemencement direct sans culture, peut être maintenue sous contrôle.
Les moineaux m'ont causé de
fréquents maux de tête. L'ensemencement direct ne peut
pas réussir sans moyen sûr pour venir à bout
des oiseaux et il y a beaucoup d'endroits où I'ensemencement
direct a été lent à se répandre pour cette
seule raison. Certains d'entre vous peuvent avoir le même
problème aves les moineaux et vous comprendrez ce que je
veux dire. Je me souviens du temps où ces oiseaux me
suivaient et dévoraient toutes les graines que j'avais semées
avant même que j'aie pu finir I'autre côté du
champ. J'ai essayé les épouvantails à moineaux
et les filets, des boîtes de conserve cliquetant sur des ficelles,
mais rien n'a vraiment bien marché. Ou s'il arrivait qu'une
de ces méthodes réussît, son efficacité ne durait
qu'un an ou deux.
Mon expérience a montré
qu'en semant quand la récolte est encore sur pied de telle
sorte que la semence soit cachée par les herbes et le trèfle
et en répandant un mulch de paille de riz, d'avoine ou d'orge
dès que la récolte mûre à été
moissonnée, le problème des moineaux peut être
résolu avec beaucoup d'efficacité.
J'ai fait quantité de
fautes en expérimentant au cours des ans, j'ai fait I'expérience
d'erreurs de toutes sortes. J'en connais probablement plus sur ce
qui peut aller mal dans la croissance des récoltes agricoles
que personne d'autre au Japon. Quand j'ai réussi pour la
première fois à faire pousser du riz et des céréales
d'hiver
par la méthode de la non-culture, je me suis senti aussi
heureux
que Christophe Colomb a dû I'être quand il découvrit
l'Amérique .
NOTES
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[Note 1] Les cultures de couverture
du sol telles que trèfle, vesce, et luzerne qui
entretiennent et nourrissent le sol.
[Note 2] On sème
environ 5 kg de trèfle blanc à I'hectare, trente à
soixante kilos de
céréales d'hiver. Pour
des agriculteurs inexpérimentés ou des champs à sol
dur ou
pauvre, il est plus sûr de semer
plus épais dans les débuts. A mesure que le sol
s'améliore par la paille qui
se décompose et I'engrais vert, et que I'agriculteur se
familiarise avec la méthode
d'ensemencement direct sans culture, la quantité de
semence pourra être réduite.
[Note 3] On sème
20 à 40 kilos de riz à I'hectare. Vers la fin avril M. Fukuoka
vérifie
la germination des semences semées
et jette à la volée un complément de boulettes
si nécessaire. Voir aussi la note 2 ci-dessus.
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